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La Saint Sylvestre autrement: Rencontre européenne de jeunes à Berlin

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Une ren­contre de croyants par­ti­cu­lière ou bien une vé­ri­table « Fête des na­tions » ?

Par Pau­line Gre­lier
Tra­duit de l’al­le­mand vers le fran­çais par Pau­line Gre­lier
Photos prises par Pau­line Gre­lier
Sources : ci­ta­tions re­cueillies par les sites in­ternet www.dom­radio.de et www.taizé.fr
Re­lec­ture: Alain Le Treut

En­viron 30000 jeunes Chré­tiens de toute l’Eu­rope et même d’au­tres coins du monde vien­nent passer  cinq jours à Berlin pour cé­lé­brer le chan­ge­ment d’année tout au­tre­ment. C’est sur l’in­vi­ta­tion des églises et de la mairie de Berlin que se dé­roule la 34ème ren­contre eu­ro­péenne de jeunes du 28 dé­cembre 2011 au 1er jan­vier 2012 à Berlin. Cette ma­ni­fes­ta­tion a été pré­parée de­puis sep­tembre 2011 par la com­mu­nauté de Taizé (du nom du  petit vil­lage à l’est de la France, où celle-ci a été fondée).

Mais j’en­tends déjà vos re­mar­ques et ob­jec­tions se sou­lever : cela con­cerne sur­tout les ca­tho­li­ques pra­ti­quants, non ? Oui, bien sûr, mais pas seu­le­ment ! Il ne s’agit pas uni­que­ment de prières ca­tho­li­ques : des ren­con­tres sont or­ga­ni­sées et ef­fec­tuées avec des re­pré­sen­tants de la ju­déité et de l’islam, de même qu’au Reichstag avec des hommes po­li­ti­ques tels que Wolf­gang Thierse (SPD), Ka­trin Gö­ring-Eckardt (Grüne) und Petra Pau (Die Linke). Ceux-ci dé­bat­tent avec les par­ti­ci­pants sur le thème « les me­sures à prendre pour un monde plus juste ».

De plus, cette ren­contre est pro­fon­dé­ment an­crée dans les préoc­cu­pa­tions eu­ro­péennes d’au­jourd’hui. Face au constat alar­mant du manque de con­fiance dans le projet eu­ro­péen, dont on dé­plore  les con­sé­quences sur le plan fi­nan­cier, éco­no­mique ou po­li­tique, le thème de la ren­contre de cette année s’in­ti­tule « les voies de la con­fiance. » Dans un dis­cours de bien­venue, le pape Be­noit XVI a en­cou­ragé les par­ti­ci­pants à plus de con­fiance. Cela au­rait pour vo­ca­tion « d’ou­vrir les voies de la con­fiance dans le monde en­tier. » « Comme vous le savez, dit le pape, la con­fiance n'est pas une cré­du­lité aveugle. Alors que vous vous li­bérez des chaînes de la peur,  cette con­fiance qui, dans vos cœurs, émane de votre foi en le Christ et en la vie de l'es­prit saint vous rend plus sen­si­bles et plus dis­po­ni­bles  face aux nom­breux défis et dif­fi­cultés aux­quelles sont con­frontés les gens au­jourd'hui. »

Cette ren­contre est-elle un signe que l’Eglise peut être le lieu d’une so­li­da­rité eu­ro­péenne entre les na­tions et entre les con­fes­sions, à l’heure où l’Eu­rope, en crise, manque de toute évi­dence de sen­ti­ment iden­ti­taire commun ? La re­li­gion se­rait-elle plus à même de jeter des ponts so­lides que la po­li­tique elle-même ? Quelle si­gni­fi­ca­tion re­pré­sente cette ren­contre pour l’avenir de l’Eu­rope ?

le hall des expositionsL’équipe de Taizé ainsi qu’en­viron 160 pa­roisses de la ré­gion (à Berlin et au Bran­de­bourg) ont tra­vaillé con­join­te­ment pour pré­parer cette tran­si­tion par­ti­cu­lière vers la nou­velle année et pour ac­cueillir en­viron 30 000 jeunes gens venus de toute l’Eu­rope. A l’oc­ca­sion de cette ren­contre, à peu près 30000 jeunes sont ins­crits, dont 20 000 de l’étranger : 6 000 ar­ri­vent de Po­logne, en­viron 2000 jeunes venus de France, d’Italie, de Croatie, d’Ukraine, etc. La plu­part se con­nais­sent déjà et ont déjà vécu une ex­pé­rience en­semble, ne se­rait-ce que lors des JMJ (Jour­nées mon­diales de la Jeu­nesse) à Ma­drid en août 2011. Pour cette nou­velle étape du pè­le­ri­nage, nommé « Con­fiance sur la Terre », ils se ras­sem­blent une nou­velle fois sous la de­vise « Che­mins vers la Con­fiance », pour fêter et en­trer en­semble dans la nou­velle année. Déjà les an­nées pré­cé­dentes, de tels voyages vers Bruxelles, Poznań et Rot­terdam avaient été or­ga­nisés. Mais au fait, pour­quoi Berlin, pour cette 34ème ren­contre ?

Choix sur­pre­nant quand on sait qu’à Berlin, peu de gens tis­sent des liens avec la foi chré­tienne. Les ca­tho­li­ques (19% de la po­pu­la­tion to­tale) comme les pro­tes­tants (19%) re­pré­sen­tent une mi­no­rité dans la ca­pi­tale. Pour la chan­ce­lière, An­gela Merkel, qui a pu­bli­que­ment ma­ni­festé sa ré­jouis­sance quant à ce choix, la dé­ci­sion portée sur « cette ville aux na­tions, aux cul­tures et aux re­li­gions va­riées re­pré­sente ce­pen­dant un ac­cent tout par­ti­cu­lier de son en­ga­ge­ment pour la pensée œcu­mé­nique et eu­ro­péenne ». Berlin est en effet cé­lèbre pour son his­toire re­la­ti­ve­ment ré­cente et tou­jours pré­sente dans les es­prits (ville di­visée et chute du mur) et sym­bo­lise alors un grand es­poir. Qui a ou­blié cette foule en liesse, dont les images étaient re­trans­mises à la té­lé­vi­sion ?! Ce n’est pas la pre­mière fois que Berlin est choisie : déjà en 1986, au temps de la RDA, trois ans avant la chute du mur, frère Roger, le fon­da­teur de la com­mu­nauté avait pu se rendre à une ren­contre à Berlin, à la­quelle 6 000 jeunes de l’Al­le­magne de l’Est s’étaient donnés rendez-vous. Avec cet aperçu et ce re­tour en ar­rière, nous com­pre­nons mieux à quel point Berlin peut être con­si­déré comme un lieu de ré­con­ci­lia­tion et d’uni­fi­ca­tion. Le théo­lo­gien di­sait que « les jeunes ne peu­vent nulle part ailleurs mieux com­prendre que la li­berté ne va pas de soi et que l’on doit tou­jours re­com­mencer à dé­truire les murs. » Berlin est par ailleurs au­jourd’hui marqué par son mul­ti­cul­tu­ra­lisme (de nom­breuses per­sonnes is­sues de l’émi­gra­tion y vi­vent). C’est pour­quoi la ville, si­tuée au cœur de l’Eu­rope, est con­si­dérée comme un sym­bole de l’Eu­rope unie.

Et en 2011, l’Eu­rope a cherché cons­tam­ment mais en vain un nouvel élan. Frère Alois, prieur de Taizé, main­te­nant à la tête de la com­mu­nauté, a alors ré­digé une lettre, dans la­quelle il ex­prime son sou­hait pour plus de so­li­da­rité à tra­vers le moyen de la foi. Lorsqu’il en ap­pelle à des gestes d’aide hu­ma­ni­taire (soins mé­di­caux et nour­ri­ture) en fa­veur de la po­pu­la­tion nord-co­réenne, il veut prouver lui-même que « la so­li­da­rité ne pour­rait cesser à notre porte ». Du reste, les par­ti­ci­pants sont in­vités à ap­porter à Berlin des ap­pa­reils et mé­di­ca­ments pour con­tri­buer à l’ef­fort col­lectif. Certes, il est vrai qu’à Berlin, comme dans toutes les grandes ca­pi­tales, on est ha­bi­tuel­le­ment con­fronté à l’in­dif­fé­rence et à l’ano­nymat. Mais cette ma­ni­fes­ta­tion permet au moins de dé­voiler à nou­veau la di­ver­sité cul­tu­relle et les ta­bous. L’échange et le dia­logue lais­sent les pré­jugés de côté. Quand on de­mande aux jeunes quel bilan et quelles ex­pé­riences mar­quantes ils ti­rent de ce mo­ment par­ti­cu­lier, c’est d’abord le mot « sim­pli­cité » qui vient d’em­blée le plus fré­quem­ment. Et en effet, c’est pré­ci­sé­ment l’im­pres­sion qui vous saisit en pre­mier en tant que spec­ta­teur. Une at­mo­sphère agréable, où tous les ta­bous, le sen­ti­ment de me­nace, la con­cur­rence dis­pa­rais­sent. 

 

Le pro­gramme d’une journée

Les par­ti­ci­pants se lè­vent très tôt pour, dès 8h30,  par­ti­ciper à la prière ma­ti­nale dans les pa­roisses. L’après-midi sont pro­po­sées des ren­con­tres sur dif­fé­rents thèmes spi­ri­tuels, so­ciaux, po­li­ti­ques, éco­no­mi­ques et ar­tis­ti­ques, dans les­quelles on cherche à sa­voir com­ment chacun peut se mettre au ser­vice des au­tres. Les jeunes dé­bat­tent entre au­tres au Reichstag avec des mem­bres du par­le­ment al­le­mand sur le thème « Pour un monde plus juste : po­li­tique et res­pon­sa­bi­lité des ci­toyens ».  Des dis­cus­sions en pe­tits groupes sont pro­po­sées sur di­vers thèmes comme la con­fiance, le tra­vail sur la Bible en ce qui con­cerne la paix, la sim­pli­cité, le pardon. Il ne s’agit pas seu­le­ment  d’une en­tre­prise pu­re­ment ca­tho­lique, mais aussi d’une ré­flexion sur les pro­blèmes eu­ro­péens ac­tuels et sur les re­la­tions avec les au­tres re­li­gions. Par exemple, par le bias de temps d’échanges et de dé­bats sur la place des jeunes dans la so­ciété d’au­jourd’hui : « se ré­volter, se re­tirer ou d’en­gager ». D’au­tres thèmes con­cer­nent da­van­tage les as­pects po­li­ti­ques. Ils s’in­ti­tu­lent « Pour une so­li­da­rité dans l’éco­nomie », « Quelle Eu­rope vou­lons-nous ? Dis­cus­sion d’Eu­ro­péens de trois gé­né­ra­tions et de trois pays à propos de l’avenir du con­ti­nent ». D’au­tres en­core se préoc­cu­pent plus des pro­blèmes so­ciaux comme « Les ré­fu­giés- si pro­ches et par­fois si loin : ren­contre avec le ser­vice jé­suite aux ré­fu­giés » ou bien « soif de vé­rité, soif de li­berté : les chan­ge­ments en Eu­rope de l’Est et le rôle des chré­tiens. Quels en­sei­gne­ments peut-on tirer du passé pour au­jourd’hui ? » . De plus, les par­ti­ci­pants qui le sou­hai­tent ont aussi la pos­si­bi­lité de s’en­tre­tenir avec des re­pré­sen­tants d’au­tres re­li­gions comme une rab­bine et des mem­bres de la com­mu­nauté juive à Berlin, ou bien avec des chré­tiens or­tho­doxes. La vi­site d’une mos­quée de Berlin, sous le thème « Que peut-on en­tre­prendre en­semble avec les croyants de l’Islam ? » ou un tour aux abords du mur de Berlin sont aussi of­ferts. C’est la raison pour la­quelle d’au­tres per­sonnes sont mo­bi­li­sées pour cet évè­ne­ment, qui sort un peu du cadre stric­te­ment étroit de la foi.

Frère Alois, prieur de la com­mu­nauté de Taizé, avait ré­digé une lettre in­ti­tulée « Sur le chemin vers une nou­velle so­li­da­rité » lors de la pré­pa­ra­tion. Frère Alois écrit dans cette lettre, tra­duite en plus de cin­quante lan­gues : « La so­li­da­rité hu­maine est né­ces­saire de tout temps, ce­pen­dant elle a be­soin de re­nou­vel­le­ment con­ti­nuel, d'un ra­jeu­nis­se­ment par de nou­veaux moyens d'ex­pres­sion ». En raison des ébran­le­ments de l'éco­nomie mon­diale et des dé­pla­ce­ments de l'équi­libre géo­po­li­tique ainsi que de l'iné­ga­lité en hausse, le prieur de Taizé pose cette ques­tion : « Ne sont-ce pas là des rai­sons de nous  in­ter­roger plus ex­pres­sé­ment sur les dé­ci­sions que nous de­vrions prendre pour notre vie ? »

 Dans la me­sure où le rendez-vous com­prend des thèmes di­vers et va­riés et qu’il est pro­fon­dé­ment ancré dans le pré­sent, des mes­sages de sym­pa­thie et de sou­tien sont par­venus aux par­ti­ci­pants de la ren­contre : de la part du pape Be­noit XVI, du Pa­triarche or­tho­doxe de Cons­tan­ti­nople et de  Moscou, de l’ar­che­vêque de Can­ter­bury, des res­pon­sa­bles de l’Eglise lu­thé­rienne et ré­formée, mais aussi des res­pon­sa­bles po­li­ti­ques comme du se­cré­taire gé­néral des Na­tions Unies Ban Ki Moon, du pré­si­dent fé­déral al­le­mand et de Herman von Rompuy, pré­si­dent du Con­seil de l’Eu­rope.

Herman von Rompuy rend hom­mage à la lettre et au but de frère Alois et prend po­si­tion en fa­veur de la so­li­da­rité à tra­vers l’ « amour » en­vers Dieu.  Nous ne sommes pas ha­bi­tués à l’en­tendre parler en ces termes : 
« Ainsi une so­li­da­rité s'ex­prime au­tour de la per­sonne de Jésus Christ, par qui notre hu­ma­nité re­çoit une ex­pres­sion si­gni­fiante. Pour moi, le meilleur sy­no­nyme de  Jésus Christ est l’amour. Non pas un amour abs­trait, fu­gitif, mais l'amour vé­ri­table, ancré dans la réa­lité du monde et du quo­ti­dien. Un amour qui s'avance vers les au­tres, un amour qui de­vient l'ac­tion, un amour qui agit. Un amour, donc, qui dé­passe la no­tion de la jus­tice so­ciale, ou qui plutôt  la de­vance, pour lui con­férer cette "cer­taine chose", ce "plus", qui nous rend vrai­ment  vi­vants. Parce que l'in­di­vi­dua­lisme et ses formes  po­pu­listes et na­tio­na­listes ex­trêmes pro­dui­sent seu­le­ment une per­sonne "uni­di­men­sion­nelle" et la res­trei­gnent  dans l'es­pace et le temps. »

Le se­cré­taire gé­néral des Na­tions Unies, Ban Ki Moon, ne manque pas lui aussi  de sa­luer pour sa part avec en­thou­siasme l’ini­tia­tive de la com­mu­nauté :
« C’est très en­cou­ra­gent  pour moi de sa­voir que vous cher­chez, d’une ma­nière bien par­ti­cu­lière, de nou­velles formes de so­li­da­rité. Ils se réu­nis­sent à un mo­ment de grands chan­ge­ments et de défis. Notre monde est con­fronté à un en­vi­ron­ne­ment de plus en plus com­plexe : hausse du chô­mage,  iné­ga­lité de plus en plus grande et dan­gers mul­ti­pliés liés au chan­ge­ment de climat. Beau­coup de gens sont déçus par l'ordre exis­tant, ils se mé­fient des ins­ti­tu­tions so­ciales, et un sen­ti­ment de plus en plus ré­pandu ap­pa­raît, selon le­quel, à l’échelle na­tio­nale et glo­bale, ce sont de plus en plus les in­té­rêts so­li­de­ment éta­blis de quel­ques uns, peu nom­breux, qui do­mi­nent »
« Nous de­vons éta­blir un em­ploi du temps commun pour faire grandir les fu­tures gé­né­ra­tions dans un monde de la paix du­rable, du bien-être, dans la  li­berté et la jus­tice. Pour cons­truire un tel avenir, le monde doit se con­cen­trer à mon avis sur cinq buts prio­ri­taires dans les­quels la so­li­da­rité joue un rôle es­sen­tiel : il s’agit pre­miè­re­ment d’un dé­ve­lop­pe­ment ef­fi­cace, deuxiè­me­ment, de la pré­ven­tion contre les  con­flits, troi­siè­me­ment, de l’ap­pli­ca­tion  de la dé­mo­cratie et des droits de l'homme, qua­triè­me­ment de sou­tenir des pays en voie de tran­si­tion, et cin­quiè­me­ment de s’in­vestir en fa­veur des  femmes et des  jeunes. (...) Je suis con­vaincu que, dans un monde con­fronté à des défis com­muns, nous pou­vons cons­truire un l'avenir plus sûr et plus riche pour tous, si nous col­la­bo­rons. La so­li­da­rité doit être la base des so­lu­tions glo­bales. »

 

La Fête des Na­tions pro­pre­ment dite

C’est donc parce que les jeunes sont les spec­ta­teurs mais aussi les ac­teurs de cet avenir eu­ro­péen et de ces pro­blé­ma­ti­ques qu’ils ac­cueillent la nou­velle année, le 31 dé­cembre après mi­nuit, avec une « Fête des na­tions », du­rant la­quelle les par­ti­ci­pants pré­sen­tent à leurs hôtes leurs spé­ci­fi­cités cul­tu­relles. C’est pour­quoi c’est aussi l’oc­ca­sion de se poser la ques­tion de l’in­té­gra­tion. Les émi­grants en Al­le­magne, mais aussi en Eu­rope plus gé­né­ra­le­ment, sont-ils bien in­té­grés ? Cela re­vient à se de­mander si la po­li­tique prend assez soins des cul­tures, croyances, etc. spé­ci­fi­ques pour ins­pirer con­fiance en­vers les va­leurs de l’Eu­rope, et par con­sé­quent, réussir à fonder plus de co­hé­rence, plus de so­li­da­rité et fi­na­le­ment un vé­ri­table sen­ti­ment iden­ti­taire. Ici, dans le hall des ex­po­si­tions, lors de la ma­ni­fes­ta­tion, nous fai­sons aussi di­rec­te­ment l’ex­pé­rience de la vraie ri­chesse de l’Eu­rope.  La com­mu­nauté de Taizé a réussi le défi de tenir un même dis­cours et de trans­mettre un même mes­sage dans toutes les lan­gues re­pré­sen­tées. C'est-à-dire res­pecter les cul­tures pro­pres de chacun et se ré­jouir de ces dif­fé­rences et en même temps pro­poser une vie en­semble qui pour­sui­vrait le même but et le même es­poir.  L'échange entre les cul­tures, la di­ver­sité des ma­nières de penser, dont on est ici té­moin, sem­ble­rait pré­ci­sé­ment ce que l’Eu­rope de­vrait con­si­dérer et ce sur quoi elle de­vrait faire at­ten­tion, pour trouver une voie de se­cours à la crise !...

Il ne reste que quel­ques heures avant la nou­velle année et le hall des ex­po­si­tions – où la plu­part des prières se sont dé­rou­lées – prend l’al­lure d’un monde pa­ral­lèle. Aucun bruit. Le si­lence. La Saint Syl­vestre en com­pa­gnie des frères de Taizé est ra­di­ca­le­ment dif­fé­rente des fes­ti­vités aux abords de la porte de Bran­de­bourg ! Des cen­taines de jeunes, re­cueillis, sont ac­croupis ou age­nouillés sur le sol, tandis qu’au même mo­ment, à près de dix ki­lo­mè­tres de là, la foule se presse près de la porte de Bran­de­bourg  et at­tend avec im­pa­tience la nou­velle année. Les par­ti­ci­pants sont assis de­vant des icônes jaunes pro­jetés sur la paroi du mur. Ceux-ci re­pré­sen­tent la ré­con­ci­lia­tion entre les hommes. L’as­sem­blée chante des can­ti­ques sa­crés. Beau­coup con­nais­sent les pa­roles par cœur, d’au­tres jet­tent un œil sur le li­vret de chants. Ici et là, on prend des photos. « C’est une belle ex­pé­rience de passer la Saint Syl­vestre avec ses amis, plus si­len­cieu­se­ment que ce qui ce passe au­tre­ment », dit Anna-Lena Werner. « C'est géant », ren­chérit une jeune de 19 ans as­sise à côté de Anna-Lena.

 

 Le  « pè­le­ri­nage de con­fiance » de re­tour chez soi

Com­ment se pour­suit chez soi  le « pè­le­ri­nage de con­fiance » ? - c’est ainsi que s’in­ti­tule l’un des der­niers thèmes de dis­cus­sion en pe­tits groupes. Pour rap­peler l’ob­jectif prin­cipal, frère Alois évoque l’ébran­le­ment dans l’éco­nomie mon­diale, qui nous con­cerne tous. « Les iné­ga­lités crois­santes, même au sein des so­ciétés for­tu­nées, comme aussi l’ex­ploi­ta­tion sans con­trôle des ma­tières pre­mières sont des sources de con­flits de de­main ». Les so­ciétés ri­ches doi­vent ap­prendre « à se con­tenter de moins », sou­ligne l’ec­clé­sias­tique à voix basse. Lors de la prière du soir de la Saint Sil­vestre, le prieur de la com­mu­nauté œcu­mé­nique, frère Alois, in­cite les jeunes à s’in­vestir d’une  res­pon­sa­bi­lité pour un monde juste dans leur pays d’ori­gine. Il re­mercie fi­na­le­ment les Ber­li­nois et les Bran­de­bour­geois qui, en tant qu’hôtes et par leur aide, ont con­tribué au succès de la ren­contre. A n’en pas douter, la ma­ni­fes­ta­tion a eu des ré­per­cus­sions aussi sur les par­ti­ci­pants ber­li­nois non-chré­tiens. D’ailleurs, il a été ques­tion – au cours d’une con­ver­sa­tion entre Fran­çais – des dif­fi­cultés d'être croyant dans un monde de plus en plus sé­cu­la­risé et d'as­sumer cette croyance. La re­la­tion avec les non-croyants a ainsi été lon­gue­ment évo­quée. Au lieu de se ren­fermer ou, au con­traire, de vou­loir ab­so­lu­ment con­vaincre les au­tres du bien fondé de sa pensée, les chré­tiens de­vraient rester ou­verts et ap­prendre des au­tres re­li­gions; c'est le mes­sage prin­cipal que les or­ga­ni­sa­teurs ont voulu trans­mettre. Il en va de même dans le cadre de l’U.E. : le prin­cipe de so­li­da­rité ne vaut ici que quand on ac­cepte les dif­fé­rences et la di­ver­sité cul­tu­relle des au­tres na­tions d’Eu­rope, n’est-ce-pas ?

 « En guise de sou­venir pour chez eux », cer­tains em­por­tent leur cierge avec eux. Quand le soir, les près de 30 000 jeunes chré­tiens af­fluent en même temps en di­rec­tion du quai de la gare, il s’agit pour eux de re­joindre, en em­prun­tant le tramway bondé, les églises de leur pa­roisse et leur quar­tier, où ils ont passés la nuit, chez des fa­milles vo­lon­taires. Peu à peu se des­sine l’am­biance de la Saint Syl­vestre : on chante, on danse, on rit. Un cer­tain nombre d’entre eux ont ce­pen­dant prévu de se rendre plus tard à la porte de Bran­de­bourg.

Sur le point de re­partir vers le stade olym­pique où les au­tobus les at­ten­dent, c’est le mo­ment de for­muler ses in­ten­tions. Nom­breux sont ceux qui veu­lent ab­so­lu­ment faire le voyage vers Taizé et vivre en­core une ex­pé­rience sem­blable. Une mo­ti­va­tion pour cela - et on ne doit pas la nier - est aussi de vi­siter di­vers en­droits en Eu­rope. Déjà le 4 mars, ils pour­ront se ras­sem­bler à Co­logne, où frère Alois vient rendre vi­site en l’église Sainte Agnès.

Lors de cette ma­ni­fes­ta­tion, le lieu du pro­chain rendez-vous de la Saint Syl­vestre a été of­fi­ciel­le­ment et pu­bli­que­ment an­noncé. Tou­jours au nom de la so­li­da­rité en Eu­rope, c’est Rome qui a été choisie. Il n’est ce­pen­dant pas in­terdit d’es­pérer que la si­tua­tion éco­no­mique va s’amé­liorer en un an en Italie ! En tout cas, les par­ti­ci­pants peu­vent d’ores et déjà pro­mettre au joyeux petit groupe d’Ita­liens, qui danse en­semble de­hors, de­vant le hall des ex­po­si­tions, le soir de la saint Syl­vestre, sous les pre­miers éclats des pé­tards et du feu d’ar­ti­fice un peu plus loin, qu’ils ne man­que­ront pas l’année pro­chaine cette nou­velle ex­pé­rience ;
"Al­lora,... pos­siamo darci fin da adesso ap­pun­ta­mento a Roma per l'anno pros­simo! "

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