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"Quelque chose est très clair pour moi : nous devons avoir une vision !"

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Par Maike Hansen
Tra­duc­tion : Thomas Le­sa­chey
Photos : © Maike Hansen

A l’oc­ca­sion des 50 ans du Traité de L’Élysée, sym­bole de l'amitié franco-al­le­mande, 50 jeunes se sont réunis à Berlin pour dis­cuter des re­la­tions franco-al­le­mande et de l'Eu­rope.

C'est un ballet de con­for­ta­bles chaises pi­vo­tantes sur le tapis de l'ex Chan­cel­lerie d’État de la RDA qui ouvre le pre­mier après midi du Forum franco-al­le­mand pour la Jeu­nesse. Par les fe­nê­tres de la « salle Rouge », on dis­pose d'une vue im­pre­nable sur le Ber­liner Dom, la ca­thé­drale de Berlin.
Du 19 au 23 jan­vier 2013,  le Forum, or­ga­nisé à l'Eu­ro­pean School of Ma­na­ge­ment par l'Of­fice Franco-Al­le­mand pour la Jeu­nesse, a permit à 150 jeunes âgés entre 18 et 25 ans en pro­ve­nance d'Al­le­magne, de France et de Po­logne, des Bal­kans et d'Afrique du Nord de prendre part aux dis­cus­sions.

La dif­fu­sion de l'idée eu­ro­péenne

Le sujet de dis­cus­sion dans la "salle rouge": «Com­ment sus­citer de l'in­térêt pour l'Eu­rope ? »
Les par­ti­ci­pants dis­cu­tent dif­fè­rentes idées, comme par exemple, la créa­tion de classes eu­ro­péennes. Une idée qui pour­rait être mise en pra­tique dans des écoles dites "dé­fa­vo­ri­sées", pour leur of­frir de nou­velles pers­pec­tives et con­tri­buer à la dif­fu­sion d'un sen­ti­ment eu­ro­péen au­près du plus grand nombre. Amélie Wurl et Ma­gali Ber­trand ont par­ti­cipé à cette dis­cus­sion animée.
Les deux jeunes femmes, ac­ti­ve­ment en­gagés dans les re­la­tions franco-al­le­mandes, ont des idées bien dé­fi­nies pour l'avenir de la coo­pé­ra­tion entre la France et l'Al­le­magne.

Quelle est votre vi­sion de l'avenir franco-al­le­mand ?
En­tre­tien avec Amélie Wurl et Ma­gali Ber­trand

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Amélie (19) est al­le­mande, et im­pli­quée dans le ju­me­lage entre sa ville na­tale Edingen-Ne­cka­rhausen et Plou­guer­neau, un petit vil­lage en Bre­tagne.

Ma­gali (28) n'avait ja­mais franchi la fron­tière fran­çaise avant ses vingt ans, mais elle a ap­prit à con­naître et à aimer l'Al­le­magne au cours de son ser­vice vo­lon­taire eu­ro­péen à Mu­nich.

- Quelles sont les trois choses qui vous vien­nent spon­ta­né­ment à l'es­prit lorsque l'on évoque la France ?
Amélie: La bonne cui­sine, des gens sym­pa­ti­ques et de belles des­ti­na­tions.

- «50 ans d'amitié franco-al­le­mande en Eu­rope – fa­çonner l'avenir en­semble» était le thème de la cé­ré­monie d'ou­ver­ture d'hier. Selon vous, com­ment vont évo­luer les re­la­tions franco-al­le­mandes du­rant les 50 pro­chaines an­nées ?
Ma­gali: Je ne sais pas. J'es­père que cela res­tera une re­la­tion juste, équi­table. Et avant tout qu'une grande partie de la po­pu­la­tion y sera as­so­ciée. Ce qui me tient par­ti­cu­liè­re­ment à cœur, c'est que les gens se sen­tent plus con­cernés par l'Eu­rope. Par ailleurs, la paix entre les pays est es­sen­tielle. Parmi les par­ti­ci­pants de forum, on trouve – entre au­tres – des jeunes des Bal­kans. Les dis­cus­sions d'au­jourd'hui pour­raient servir de mo­dèle dans le cadre d'une union pa­ci­fique. Elles de­vraient avoir lieu dans des ré­gions qui con­nais­sent ac­tuel­le­ment des crises po­li­ti­ques. L'im­mense ma­jo­rité des peu­ples est contre la guerre. J'es­père donc que, au cours des pro­chaines dé­cen­nies, la re­la­tion franco-al­le­mande ne se bri­sera pas et qu'elle res­tera pa­ci­fique et coo­pé­ra­tive.

- Le Dr. Ul­rike Guérot a sug­géré, lors de la réu­nion pré­li­mi­naire, la créa­tion d'une «Ré­pu­blique eu­ro­péenne». Elle dé­crit son mo­dèle comme une sym­biose po­li­tique et éco­no­mique à l'échelle eu­ro­péenne. Se­rait-ce réa­li­sable ?
Amélie: Je n'ai pas en­core d'avis con­cret sur la ques­tion. Cin­quante ans, c'est long, et il peut se passer beau­coup de choses. Quelque chose est très clair pour moi : nous de­vons avoir une vi­sion. L'idée « d'Eu­rope-Unie » dé­fendue par Mme Guérot me semble au­da­cieuse ; elle cons­titue une bonne base de ré­flexion.

- Te con­si­dères-tu dans ce con­texte plutôt al­le­mande ou eu­ro­péenne ?
Amélie: Les deux. Je suis né en Al­le­magne, et j'y ai grandi. Ce­pen­dant, j'ai une re­la­tion très forte avec l'Eu­rope - no­tam­ment au tra­vers de mon im­pli­ca­tion sur les ter­ri­toires fran­çais et al­le­mands. Je me sens donc à la fois al­le­mande et eu­ro­péenne.

- L'en­quête de la chaîne de té­lé­vi­sion Arte "La France, l'Al­le­magne et vous" montre que les Fran­çais ont une image des Al­le­mands em­preinte de pré­jugés. Ils se­raient très dis­ci­plinés, tou­jours à l'heure ... Pensez-vous que ces sté­réo­types puis­sent en­core changer ?
Ma­gali: En Al­le­magne, lorsque la journée de tra­vail com­mence à 9 heures, cela im­plique qu'il faut être assis de­vant son bu­reau et prêt à tra­vailler, à 9h. En France, il faut être sur le pas de la porte à 9 heures. C'est ce que je re­tiens de mon ex­pé­rience. Der­rière beau­coup de pré­jugés se cache une part de vé­rité. Cela ne veut pas dire que tous les Al­le­mands sont vrai­ment ponc­tuels, mais c'est ainsi que les voient les Fran­çais. Mais c'est plutôt une bonne nou­velle, puisque fi­na­le­ment, ce sont des sté­réo­types po­si­tifs : il n'y a là rien de né­gatif ou de ra­ciste.

- Au sein des par­le­ments al­le­mands et fran­çais, la moyenne d'âge est d'en­viron 50 ans. Il y a un demi-siècle à Lud­wig­sburg, Charles de Gaulle fit appel aux jeunes, leur de­man­dant d'être une force d'im­pul­sion po­li­tique. N'est-ce pas con­tra­dic­toire ?
Amélie: Non, ce n'est pas in­com­pa­tible à mon avis. Les jeunes de­vraient être plus as­so­ciés aux dis­cus­sions, mais je ne vois aucun pro­blème ma­jeur dans le fait que la moyenne d'âge soit si élevée dans les par­le­ments. Mais il manque ce­pen­dant une vraie com­mu­ni­ca­tion entre les deux gé­né­ra­tions. Bien en­tendu, ces gé­né­ra­tions ont des opi­nions dif­fé­rentes. Mais on a ten­dance à op­poser sys­tè­ma­ti­que­ment les opi­nions des « jeunes » avec celles des « vieux ». Il n'y a pas suf­fi­sa­ment d'échanges entre les dif­fé­rents points de vue. Je pense ces dif­fé­rences gé­né­ra­tion­nelles ne de­vraient pas tou­jours être con­si­dé­rées comme con­tra­dic­toires.

- Du­rant les ses­sions, on a as­sisté à un grand mo­ment de dis­cus­sions. Pensez-vous que les ré­sul­tats du Forum des jeunes et cet "Appel de jeu­nesse fran­çaise et al­le­mande aux res­pon­sa­bles po­li­ti­ques" puis­sent changer quelque chose dans les re­la­tions franco-al­le­mande ?
Ma­gali: Tout d'abord, c'est une ex­pé­rience ex­trê­me­ment in­té­res­sante pour chaque par­ti­ci­pant, car elle est très en­ri­chis­sante. À cet égard, le Forum a eu une in­fluence sur les re­la­tions franco-al­le­mandes. Sur le plan po­li­tique, c'est une autre ques­tion. J'es­père que ce forum de la jeu­nesse n'aura pas uni­que­ment une fonc­tion re­pré­sen­ta­tive. Ce­pen­dant, je ne me fais pas trop d'illu­sions, la po­li­tique ne se cons­truit pas sur des pro­po­si­tions de la jeu­nesse.

Y a-t-il une per­son­na­lité franco-al­le­mande qui t'im­pres­sionne ?
Ma­gali: Sté­phane Hessel. Il est ex­trê­me­ment in­tel­li­gent et il sait beau­coup de choses. C'était un an­cien Ré­sis­tant pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale, puis il a sur­vécu au camp de con­cen­tra­tion de Bu­chen­wald. Sa ma­nière de dé­fendre ses va­leurs m'im­pres­sionne.

Il reste en­core quel­ques jours avant les cé­lé­bra­tion du Traité de l'Élysée. Amélie, pour quelle partie du pro­gramme es-tu par­ti­cu­liè­re­ment im­pa­tiente ?
Amélie: La vi­site de l'Or­chestre phil­har­mo­nique de Berlin va être gé­niale ! Mais je me ré­jouis d'avance de l'en­semble du pro­gramme, sans pré­fé­rence par­ti­cu­lière.

Last but not least: Com­ment voyez-vous la re­la­tion franco-al­le­mande d'au­jourd'hui ? Comme un couple, comme un mo­teur, ou comme une re­la­tion d'amitié ?
Ma­gali: Dans tous les cas, ce sont deux voi­sins. Et comme tous les voi­sins, ils doi­vent faire le né­ces­saire pour bien s'en­tendre.

Les jours sui­vant...

Les con­clu­sions des dif­fé­rentes séances – une heure et demie de dis­cus­sion – ont été syn­thé­ti­sées par écrit. Grâce aux ré­seaux so­ciaux comme Fa­ce­book et Twitter tout le monde pou­vait (mê­meen de­hors du forum) pré­senter de nou­velles pro­po­si­tions et par­ti­ciper aux dis­cus­sion.
Au cours des jours sui­vants, c'est un pro­gramme pas­sion­nant qui at­tend les par­ti­ci­pants. Le 21 jan­vier, 150 par­ti­ci­pants ont pu poser leurs ques­tions à la Chan­ce­lière al­le­mande An­gela Merkel et au Pré­si­dent fran­çais Fran­çois Hol­lande. Ils ont pu rap­porter des élé­ments de leurs dis­cus­sions aux di­ri­geants des deux pays. Le 22 jan­vier mar­quera le cin­quan­tième an­ni­ver­saire de la si­gna­ture du traité de l'Elysée. Pour l'oc­ca­sion, les par­ti­ci­pants se­ront in­vités à un con­cert du Phil­har­mo­nique de Berlin avec le Pré­si­dent fé­déral al­le­mand Joa­chim Gauck, tandis que les dé­putés fran­çais et al­le­mands se réu­ni­ront pour une séance com­mune au Bun­destag, siège du par­le­ment al­le­mand à Berlin.

Comme l'af­fir­mait Charles De Gaulle en Sep­tembre 1952 à Lud­wig­sburg: "Nous avons sur­tout be­soin [de la so­li­da­rité franco-al­le­mande] pour donner un con­tenu viable, [...] qui doit être l'œuvre de la jeu­nesse."

Pen­dant le Café global or­ga­nisé le 21 jan­vier, cer­tains points des dis­cus­sions ont pu être abordés au­près de re­pré­sen­tants du monde po­li­tique et éco­no­mique des deux pays.

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