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Tout sous un même toit

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Par Tina Schreiber
Tra­duc­tion: Pau­line Tra­rieux
Photo: © J.B.  

Pour ac­quérir une ex­pé­rience in­ter­na­tio­nale et des com­pé­tences in­ter­cul­tu­relles, nul be­soin de partir faire un stage à l'autre bout du monde, au Chili ou à Sin­ga­pour ! Il suffit de se pré­senter à la fron­tière et d'y tenter sa chance. L'Al­le­magne, la France et la Suisse oeu­vrent en effet con­join­te­ment de­puis trente ans dans la ré­gion du Rhin Su­pé­rieur, of­frant des stages pas­sion­nants dans des do­maines di­vers et va­riés.

C'est un matin agité par le vent, qui souffle dans les bour­geons des ar­bres. Les jeunes et dé­li­cates feuilles s'ac­cro­chent tou­te­fois vaillam­ment et bra­vent le vent. On peut aper­ce­voir des va­gues sur le Rhin, qui con­tinue sa course vers Karsl­ruhe. Le bonnet pro­fon­dé­ment en­foncé sur les oreilles, Ju­liane se cache aussi bien que pos­sible dans son écharpe lors de sa tra­versée du Rhin sur le pont eu­ro­péen. C'est un lieu im­por­tant : c'est là que l'an­cien Pré­si­dent fran­çais Ni­colas Sar­kozy est allé à la ren­contre de la chan­ce­lière al­le­mande An­gela Merkel, venue de la rive al­le­mande du Rhin, en la pré­sence des au­tres mem­bres de l'OTAN, dont le Pré­si­dent amé­ri­cain Ba­rack Obama. Au­jourd'hui, Ju­liane a bien d'au­tres chose en tête alors qu'elle presse le pas pour re­joindre l'autre rive au plus vite. 

La jeune femme âgée de vingt-quatre ans est sur le chemin de son stage de quatre mois qu'elle ef­fectue au sein de la Villa Rehfus dans la ville de Kehl, si­tuée di­rec­te­ment en face de Stras­bourg. Elle y tra­vaille au se­cré­ta­riat gé­néral de la con­fé­rence franco-ger­mano-suisse du Rhin su­pé­rieur, une ins­ti­tu­tion de la ré­gion exis­tant de­puis 1975 et oeu­vrant au bon fonc­tion­ne­ment d'une coo­pé­ra­tion entre les trois pays dans des do­maines tels que l'en­vi­ron­ne­ment, la cul­ture, l'éco­nomie, la santé, l'édu­ca­tion, et bien d'au­tres en­core. Ici, à l'in­ter­sec­tion des trois pays, l'ef­fort commun et trans­fron­ta­lier est cru­cial. Kehl en est le centre. Ju­liane étudie le fran­çais et la ges­tion d'en­tre­prise à l'uni­ver­sité de Mann­heim. Elle est tombée par ha­sard sur ces of­fres de stage en ligne : « cela m'a paru coïn­cider avec mon profil, et j'ai donc im­mé­dia­te­ment pos­tulé. » Et ça a marché. 

Un der­nier pâté de maison, et déjà se tient-elle sur la place Rehfus, au bout de la­quelle se dresse la sobre Villa Rehfus. C'était jadis le siège de l'en­tre­prise Rehfus, qui fa­bri­quait au­tre­fois des cha­peaux, avat d'être dé­lo­ca­lisée vers ville de Lahr à celle de Kehl en 1867. La fa­mille Rehfus, et no­tam­ment Carl Rehfus, une fi­gure im­por­tante pour la ville, a fondé cette en­tre­prise. La mode n'est ce­pen­dant plus aux cha­peaux de­puis plus de qua­rante ans, et l'en­tre­prise a dû fermer pour cette raison. C'est à vrai dire dom­mage pour ces beaux cha­peaux, songe Ju­liane, alors qu'elle ouvre la porte et se ré­fugie enfin à l'abri du vent gla­cial. Aus­sitôt est-elle im­mergée dans une am­biance cha­leu­reuse et une ac­ti­vité in­tense. Après une brève sa­lu­ta­tion des em­ployés du rez-de-chaussée, elle se di­rige comme tou­jours vers le deuxième ni­veau en em­prun­tant les es­ca­liers qui la mè­nent au pre­mier étage. C'est là que se si­tuent le Se­cré­ta­riat commun de la Con­fé­rence du Rhin su­pé­rieur ainsi que le Se­cré­ta­riat de la dé­lé­ga­tion al­le­mande. Et c'est là que se trouve son bu­reau. Elle y al­lume son or­di­na­teur et se ré­chauffe petit à petit. Bu­reaux et salles de réu­nion se par­ta­gent les trois étages. La Villa Rehfus est ac­tuel­le­ment un centre de com­pé­tences en ma­tière de ques­tions trans­fron­ta­lières et eu­ro­péennes. C'est le siège de di­verses ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes, comme l'IN­FO­BEST, l'Euro-Ins­titut, Ins­titut pour la coo­pé­ra­tion trans­fron­ta­lière, le Se­cré­ta­riat commun de la con­fé­rence franco-ger­mano-suisse du Rhin su­pé­rieur, le Centre eu­ro­péen de la Con­som­ma­tion, as­so­cia­tion dé­clarée, et l'EURES-T Rhin su­pé­rieur, une or­ga­ni­sa­tion qui s'oc­cupe du tra­vail trans­fron­ta­lier. Tous en­semble s'em­ploient à fa­ci­liter une meilleure in­té­gra­tion au cœur de l'Eu­rope. « C'est tou­jours très ins­tructif de tra­vailler en col­la­bo­ra­tion avec des gens ve­nant d'au­tres na­tions. Cela permet élargit son propre ho­rizon et on éla­bore ainsi sa propre sen­si­bi­lité cul­tu­relle. », ex­plique Ju­liane en ré­pon­dant à ses pre­miers cour­riels. 

Va­riété, créa­ti­vité et plu­ri­lin­guisme ca­rac­té­ri­sent le tra­vail à la Villa Rehfus. Ce n'est tou­te­fois pas tou­jours fa­cile de tout réunir sous le même toit. « Nous éla­bo­rons aussi des pro­jets en commun avec l'IN­FO­BEST et la Ré­gion mé­tro­po­li­taine Tri­na­tio­nale du Rhin su­pé­rieur. C'est pour cela vrai­ment très pra­tique de tous tra­vailler au même en­droit. Nous com­mu­ni­quons ai­sé­ment et cela con­tribue à créer une bonne am­biance dans cette grande « fa­mille trans­fron­ta­lière ». On peut ainsi ac­corder nos vio­lons et éviter les dé­sac­cords, ou les dou­blons ». Après s'être oc­cupée de plu­sieurs cour­riels et ap­pels en France ou en Suisse, Ju­liane est chargée de re­cueillir de nou­velles in­for­ma­tions pour mener à bien son projet d'ac­tua­li­sa­tion de la page d'ac­cueil d'un groupe qui tra­vaille dans le do­maine de la santé. Puis elle a la pos­si­bi­lité de dis­cuter avec la Se­cré­taire de la dé­lé­ga­tion de l'état de son tra­vail et de pla­ni­fier les jours à venir. Toutes deux doi­vent pré­parer une réu­nion du groupe se pen­chant sur la con­fé­rence franco-ger­mano-suisse du Rhin su­pé­rieur. Cette ren­contre se dé­rou­lera cet après-midi dans une salle de réu­nion de la Villa Rehfus. La Con­fé­rence du Rhin su­pé­rieur est cons­ti­tuée de plus de six-cents ex­perts ve­nant des trois pays, se ré­par­tis­sant dans di­vers groupes de tra­vail et se ren­con­trant à in­ter­valle ré­gu­lier le long du Rhin su­pé­rieur. Des par­ti­ci­pants des trois pays sont at­tendus au­jourd'hui. Ce sont des per­sonnes créa­tives et en­ga­gées qui pren­nent plaisir à tra­vailler en­semble. Ils ren­dent ainsi pos­sible une col­la­bo­ra­tion vi­vante et fruc­tueuse. 

D'ici la pause dé­jeuner, il faudra en­core s'oc­cuper de deux pe­tites tra­duc­tions et pré­parer la salle de réu­nion. Le dé­jeuner a lieu à la can­tine de l'uni­ver­sité de Kehl, où les em­ployés des di­verses or­ga­ni­sa­tions se ren­dent en pe­tits groupes dis­pa­rates. Les bon­nets peu­vent rester au bu­reau ; le vent s'est enfin calmé et le so­leil brille ti­mi­de­ment de quel­ques rayons. 

C'est un long après-midi qui s'an­nonce dans les étages man­sardés de la Villa Rehfus. Une am­biance in­ti­miste règne, beau­coup de su­jets, cer­tains en al­le­mand, d'au­tres en fran­çais, se­ront abordés et dé­battus avec pas­sion. Qu'im­porte la langue parlée, au­cune tra­duc­tion n'est né­ces­saire : tous les pré­sents sont bi­lin­gues et se cô­toient de­puis des an­nées. Par­fois, pour­tant, des in­ter­prètes sont né­ces­saires pour aider cer­tains in­vités non bi­lin­gues à suivre la con­ver­sa­tion. A la fin de la réu­nion les nou­velles mis­sions sont dis­tri­buées. Une nou­velle ren­contre est fixée. 

Malgré la fa­tigue qui s'ins­talle, la réu­nion of­fi­cielle donne lieu des lon­gues dis­cus­sions qui se pour­sui­vent jusque tard. Puis les par­ti­ci­pants em­prun­tent le chemin du re­tour. Les Suisses doi­vent at­traper leur train pour Bâle, les Al­le­mands vien­nent le plus sou­vent avec leur voi­ture de fonc­tion. 

Une journée mou­ve­menté et pro­duc­tive touche à sa fin. Ju­liane a en­core une fois beau­coup ap­pris sur les coo­pé­ra­tions dans la ré­gion du Rhin su­pé­rieur, ce qui lui permet d'avancer dans son propre tra­vail. Le so­leil est déjà sur l'ho­rizon et il teinte le ciel d'un rouge sombre. Ju­liane se met en route pour Stras­bourg, où elle vit en co­lo­ca­tion avec une Fran­çaise. « Stras­bourg est une ville super. Je trouve ça gé­nial de vivre en France et de tra­vailler en Al­le­magne. »

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