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Sois ton propre chef !

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kowa2Par Ma­rina Hof­mann
Tra­duc­tion : Aude Louis­tis­se­rand
Re­lec­ture : Alain Le Treut
Photos : KOWA e.V .

Beau­coup d’étu­diants veu­lent ou doi­vent du­rant leurs études ga­gner un peu d'ar­gent, mais com­ment ? C’est là toute la ques­tion ! Ser­veur, sou­tien sco­laire, job en in­té­ri­maire, tout le monde peut le faire ! Mais il y au­rait-t-il éga­le­ment une pos­si­bi­lité, qui pour­rait, en plus, cons­ti­tuer un atout sur le CV ? Que di­riez-vous de lancer votre propre en­tre­prise ? Trop dif­fi­cile ? Pensez-vous !

Qui sont vrai­ment les fon­da­teurs ?

Une grande partie des étu­diants ne sait pas que ce n’est pour­tant pas dif­fi­cile de de­venir son propre chef. C’est pour­quoi, malgré de bons con­cepts pour fonder, ils re­cu­lent de­vant l'idée d’être à leur propre compte. D’après le « Grün­dung­smo­nitor » [in­di­ca­teur des fon­da­tions] de la « Kre­di­tans­talt für Wie­de­raufbau » (KfW) [Ins­titut de crédit pour la re­cons­truc­tion] 17,9% des créa­teurs d’en­tre­prise ont moins de 25 ans, sur un total de 936.000 start-ups en 2010 (ce qui cor­res­pond à 1,8% de la po­pu­la­tion to­tale de l’Al­le­magne). En 2009, ils étaient 14,0% : c’est une pro­gres­sion lé­gère et c’est pour­quoi ce chiffre, en com­pa­raison au ni­veau eu­ro­péen, reste peu im­por­tant. La part d’étu­diants di­plômés re­pré­sente 29% de cette part. En 2005 ils en re­pré­sen­taient 17,2%. Une des rai­sons de cette pro­gres­sion pour­rait être no­tam­ment d'ordre con­jonc­turel : il s'agit de l’in­térêt crois­sant des étu­diants al­le­mands pour l’auto-en­tre­pre­na­riat. En at­ten­dant, il y a en Al­le­magne 70 Pro­fes­seurs spé­cia­lisés dans la créa­tion d’en­tre­prise et d’au­tres sont en voie de for­ma­tion. Ce chiffre nous est com­mu­niqué par le Mi­nis­tère de l’Eco­nomie et des Tech­no­lo­gies à tra­vers sa lettre d’in­for­ma­tion ac­tuelle « Grün­der­Zeiten » de 2009, dans l'ar­ticle « Les di­plômés auto-en­tre­pre­neurs ». En outre, une aug­men­ta­tion des ini­tia­tives de créa­tion d’en­tre­prise, des con­cours de créa­tion, des sé­mi­naires et des con­fé­rences dans ce do­maine est si­gni­fi­catif. De tels dis­po­si­tifs peu­vent fi­na­le­ment con­duire au fait que, non seu­le­ment les di­plômés met­tent en œuvre leurs idées, mais aussi, que tou­jours plus d’étu­diants s’en­ga­gent sur la voie de l’in­dé­pen­dance. Selon le journal « Wirt­schaft­woche », l’étu­diant en­tre­pre­neur ty­pique est un homme d’en moyenne 29 ans. En outre, un étu­diant en­tre­pre­neur sur cinq a un père qui tra­vaille à son propre compte.

Et main­te­nant, com­ment de­vient-on auto-en­tre­pre­neur ?

Avoir une idée fixe ne suffit pas, quel­ques obs­ta­cles bu­reau­cra­ti­ques doi­vent être abordés : il faut ob­tenir des au­to­ri­sa­tions, prendre une as­su­rance, cal­culer ses coûts, éta­blir un bu­si­ness plan, choisir une forme ju­ri­dique ap­pro­priée, etc. Il est in­té­res­sant de noter que si les étu­diants ont les mêmes pos­si­bi­lités que les au­tres en­tre­pre­neurs, ils en ont aussi les mêmes obli­ga­tions. Néan­moins, la créa­tion d’en­tre­prise du­rant les études ap­porte quel­ques avan­tages, par exemple, il n'est pas né­ces­saire de verser des cô­ti­sa­tion so­ciale aussi long­temps que le créa­teur est sur la sé­cu­rité so­ciale fa­mi­liale et que l’ac­ti­vité en­tre­pre­neu­riale n’est pas pour­suivie à plein temps. Par ailleurs, l’ac­ti­vité ne doit pas rap­porter plus de 365€ par mois (le BAföG, bourse d'étude al­le­mande, n'étant pas comp­ta­bi­lisée). Tou­te­fois, si cette li­mite de re­venu est dé­passée, les étu­diants ne peu­vent plus rester sur l’as­su­rance fa­mi­liale, ils peu­vent alors pré­tendre à une sé­cu­rité so­ciale étu­diante. À con­di­tion tou­te­fois que ce tra­vail reste une ac­ti­vité se­con­daire.

C’est trop com­pliqué !

Heu­reu­se­ment, pour cla­ri­fier toutes ces ques­tions et dif­fi­cultés, beau­coup d’uni­ver­sités of­frent aux étu­diants de l’aide sous forme de ser­vices de créa­tion d'en­tre­prise. Ceux-ci sou­tien­nent les étu­diants dans leur réa­li­sa­tion et dans la mise en œuvre de leurs idées et ils peu­vent pro­mou­voir leurs pro­jets avec l’aide d’ex­perts. C’est le cas de l’Uni­ver­sité eu­ro­péenne Via­drina à Franc­fort-sur-l’Oder qui peut se vanter d’avoir un tel ser­vice de créa­tion : la Koo­pe­ra­tionss­telle Wis­sen­schaft und Ar­beit [Es­pace de coo­pé­ra­tion entre la science et le tra­vail], ou plus sim­ple­ment KOWA.


kowa1Que fait la KOWA ?

La KOWA est un pro­gramme d’aide fi­nancé par le mi­nis­tère du Tra­vail, des Af­faires so­ciales, de la Santé et de la Fa­mille, mais aussi par le Fonds so­cial eu­ro­péen et par le Land du Bran­de­bourg. Ce pro­gramme offre aux étu­diants une aide in­di­vi­dua­lisée, qui s’adapte à leurs idées res­pec­tives d’en­tre­prise et avec les­quelles elle s’ac­corde. L’aide se con­cré­tise par une prise en charge par des con­seillers pro­fes­sion­nels. Ils ac­com­pa­gnent les étu­diants jusqu’à la créa­tion de leur en­tre­prise et le cas échéant, res­tent à leurs côtés jusqu’à un an après la créa­tion. Bien que la KOWA soit si­tuée à l’Uni­ver­sité Via­drina, les étu­diants ou les di­plômés (jusqu’à 5 ans après ob­ten­tion du di­plôme) d’au­tres uni­ver­sités du Bran­de­bourg ont aussi la pos­si­bi­lité de prendre part à un pro­gramme de sou­tien de la KOWA. Cette der­nière ac­corde à toutes les idées la même im­por­tance et les aide avec les mêmes moyens.
Arne Meyer-Haake est un des em­ployés de la KOWA et il a ac­cepté une in­ter­view au sujet du fonc­tion­ne­ment des ser­vices de l’or­ga­ni­sa­tion. Contre toute at­tente, il ex­plique qu’il est plus ju­di­cieux de fonder une en­tre­prise pen­dant ses études, plutôt qu’après. Ce qui est im­por­tant est qu’en fin de compte, ni les études ni l’en­tre­prise ne soit in­suf­fi­sam­ment suivie. L’as­tuce con­siste donc à com­biner les deux com­po­santes. Une en­tre­prise ne si­gnifie pas né­ces­sai­re­ment avoir des em­ployés, pos­séder ses pro­pres lo­caux ou se spé­cia­liser dans un pro­duit par­ti­cu­lier. Nom­breux sont ceux qui l'igno­rent : même cer­tains pe­tits ho­no­raires ré­lève selon le droit fiscal comme un tra­vail à son compte. Il est donc par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant de s’in­former dès le début sur ces pos­si­bi­lités et de pro­fes­sion­na­liser son ac­ti­vité sur le long terme. C’est à ce mo­ment précis que la KOWA rentre en jeu. En­semble, dans des sé­mi­naires de créa­tion, avec des en­tre­pre­neurs en herbe, les dif­fé­rents pro­fils et leurs pro­jets sont exa­minés sous toutes leurs cou­tures. Les étu­diants doi­vent avoir une idée très claire, y ré­flé­chir et ils doi­vent alors s’as­surer qu’ils sont prêts à aller jusqu’au bout de cette idée. Une fois ce pro­cessus achevé, ils peu­vent être in­clus au pro­gramme de sou­tien. Les étu­diants, pen­dant des ate­liers fi­nancés par la KOWA, ré­flé­chis­sent à leur stra­tégie et aux types de con­seil qui leurs se­raient utiles. En bref, le sou­tien se pré­sente dans l'évo­lu­tion con­jointe d’une idée et d'une stra­tégie réa­liste. « L’étu­diant re­çoit le con­seiller, nous la fac­ture » comme l'in­dique M. Meyer-Haake. Bien que tous les étu­diants ne soient pas sou­tenus au final, tous ont le droit de par­ti­ciper aux ate­liers. Dans ce cadre, l’équipe es­saye de trouver avec chacun une ap­proche afin de leur per­mettre de mettre leurs idées en oeuvre.

C’est seu­le­ment pour les étu­diants en école de com­merce !

Tout comme les idées se dif­fé­ren­cient, les pro­fils des étu­diants dif­fè­rent les uns des au­tres. Ce­pen­dant, une des idées re­çues est que seu­le­ment les étu­diants en école de com­merce créent leur propre en­tre­prise. Selon la KOWA, ceux-ci au­raient moins de com­plexes pour re­courir aux ser­vices de créa­tion d’en­tre­prise et ils au­raient plus sou­vent envie de com­mencer une ac­ti­vité au­to­nome, mais ils leur man­que­raient – entre autre – de bonnes idées. Les étu­diants en sciences hu­maines re­pré­sen­tent sou­vent le con­traire. Ils ont une idée con­crète, ils sont déjà en partie dans la mise en oeuvre, mais sou­vent, mais l'ex­pé­rience montre qu'ils leur man­quent des con­nais­sances-clefs pour pou­voir se mettre à leur compte, ex­plique M. Meyer-Haake. Il y a moins sou­vent des étu­diants en Droit chez les jeunes créa­teurs d’en­tre­prise, alors qu'ils sont pour­tant aussi éli­gi­bles et parmi les pre­miers visés : les avo­cats sont en prin­cipe des tra­vailleurs in­dé­pen­dants qui re­cher­chent des clients privés, mais aussi des clients sur le marché libre.

Qui fran­chit la ligne d’ar­rivée ?

En raison du nombre élevé d’étu­diants en école de com­merce qui con­sul­tent les ser­vices d’aide à la créa­tion d’en­tre­prise, c'est ceux-ci qui con­nais­sent la plus forte pro­por­tion de dé­cro­chage. Soit à cause du manque d’idées, déjà men­tionné ci-dessus, soit en raison d’un manque de mo­ti­va­tion. Les étu­diants en sciences hu­maines ont en gé­néral plus d'ap­pré­hen­sion à re­courir à des ser­vices de créa­tion d’en­tre­prise, c’est pour­quoi ils ont aussi un taux de réus­site plus élevé, s’ils sau­tent le (bon) pas. Quant à la pa­rité, des ré­sul­tats pa­ral­lèles sont no­ta­bles : les can­di­dats mas­cu­lins sont plus fré­quents, mais ils pré­sen­tent un taux d’abandon plus élevé que leurs con­cur­rentes fé­mi­nines.

Quelles idées sont le plus sou­vent sou­te­nues par la KOWA ?

Comme déjà men­tionné, il n’y a pas de res­tric­tion quant au con­tenu des idées. Elles peu­vent ce­pen­dant être re­grou­pées en deux groupes : les pe­tites idées (jobs étu­diants) comme la tra­duc­tion, le com­merce en ligne, etc. ; et les idées am­bi­tieuses sur le long terme comme, sou­vent ici dans le con­seil, l’art et la ges­tion cul­tu­relle, le tou­risme ou des idées fon­dées sur la re­cherche. Une idée par­ti­cu­liè­re­ment réussie, sou­tenue par la KOWA, est la pla­te­forme en ligne wir­kau­fens.de qui s’est spé­cia­lisée dans l’achat d’ap­pa­reils élec­tro­ni­ques inu­tilés (por­ta­bles, MP3,…) mais en­core fonc­tion­nels. Ils sont en­suite re­cy­clés et vendus à de nou­veaux ache­teurs. Et d'ailleurs, "Duett.fr" est elle aussi une des idées d'en­tre­prise étu­diante par­rainée par la KOWA.

Y a-t-il d’au­tres op­tions ?

Oui ! Et il y en a plein ! A côté des ser­vices de créa­tion d’en­tre­prise des uni­ver­sités, la plu­part des Bun­desländer ont quel­ques pro­grammes de sou­tien, comme par exemple  la Grün­der­Regio M de Mu­nich ou la Fi­TOUR en Rhé­nanie-Pa­la­tinat. Le con­cours Bu­si­ness­plan de Berlin-Bran­de­bourg pour­rait éga­le­ment être par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sant pour les étu­diants de l’uni­ver­sité Via­drina. Avec plus de 700 bu­si­ness­plans soumis, c’est de­venu le plus grand con­cours ré­gional de la sorte.  Les meilleurs bu­si­ness­plans se­ront en­suite fi­nancés par une en­ve­loppe glo­bable de 62.000 €. Glo­ba­le­ment le con­cours est très ou­vert et peu con­trai­gnant, c’est-à-dire qu’il peut être com­mencé à partir de sa se­conde, voire de sa troi­sième phase. Ici aussi, la con­cré­ti­sa­tion se met en place à l'issue d'ate­liers. Au ni­veau na­tional, il y a, entre autre, le pro­gramme « Exist » fi­nancé par le mi­nis­tère de l’Eco­nomie et des Tech­no­lo­gies, qui est un élé­ment im­por­tant de la stra­tégie High-Tech en Al­le­magne. « Exist » veut amé­liorer les re­la­tions avec l'en­tre­prise dans les uni­ver­sités et les ins­ti­tuts de re­cherche. Il vise éga­le­ment à aug­menter le nombre de créa­tion d’en­tre­prises ba­sées sur les  tech­no­lo­gies et le sa­voir. Di­verses ini­tia­tives gra­vi­tent au­tour ce pro­gramme, telles que la Exist- Grün­de­rhoch­schule, la bourse Exist ou le Exist-For­schung­stransfer. L’Union Eu­ro­péenne met éga­le­ment des fonds à dis­po­si­tion pour sou­tenir la créa­tion d’en­tre­prises au­près des étu­diants, mais aussi des "non-étu­diants". Là-dessus, on peut re­tenir des exem­ples tels que le Fonds So­cial Eu­ro­péen ou l'Erasmus pour les jeunes en­tre­pre­neurs.
Mal­heu­reu­se­ment, une partie de l’aide of­ferte, que ce soit au ni­veau ré­gional, na­tional ou eu­ro­péen ne sera pas uti­lisée. Il est sur­pre­nant de cons­tater l'exis­tence d'un tel panel de pro­grammes de fi­nan­ce­ment, de con­cours, d’ins­ti­tu­tions aca­dé­mi­ques et d’in­for­ma­tions  la créa­tion d’en­tre­prise chez les étu­diants, non-étu­diants ou pour les jeunes di­plômés. Beau­coup d’étu­diants ont sans doute du mal à ima­giner com­mencer la route vers l’en­tre­pre­na­riat s’ils ne sont pas éco­no­mistes, ou s’ils ne con­nais­sent pas quelqu’un qui a déjà établi sa propre en­tre­prise. Ils hé­si­tent donc et lais­sent filer de bonnes idées à fort po­ten­tiel. Cela ne de­vrait pas se passer comme ça !
À ce stade, merci à M. Meyer-Haake pour l’en­tre­tien agréable et dé­taillé, qui a fourni non seu­le­ment un aperçu des tra­vaux de la KOWA, mais éga­le­ment, un aperçu du monde de l’auto-en­tre­prise en gé­néral. Avec toutes les pos­si­bi­lités of­fertes, il n’est pas dif­fi­cile de mettre ses idées en pra­tique, mais il faut un cer­tain cou­rage et de la per­sé­vé­rance. Alors à tous les scep­ti­ques et pro­cras­ti­na­teurs : de­venir auto-en­tre­pre­neur n'est pas si com­pliqué, prenez votre cou­rage à deux mains, in­formez-vous !

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