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Entretien avec SP38

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SP38_-_2« Vive la bour­geoisie », « Who kills mitte ?», « Vive la Crise », « Qua­lity Street », « Volks Luxus », « Banksi is french » , « No re­vo­lu­tion today », « I don’t wanna be u’re friend on face book », « Vive la poésie »…

Le col­leur d’af­fiche SP38 s’est trouvé de nou­veaux slo­gans, entre pro­vo­ca­tion et l’hu­mour dé­calé, que l’on peut lire un peu par­tout dans les rues de Berlin. À l’oc­ca­sion de son ex­po­si­tion « Wa-r-ter » (avec Cathy Cat Rastler), nous lui avons donné la pa­role.

Duett. – Com­ment te pré­sentes-tu ? Quel est ton par­cours?

SP38 – Je m’ap­pelle SP38, je suis Fran­çais, j’ha­bite à Berlin de­puis déjà pas mal de temps et je suis col­leur d’af­fiche, peintre et per­for­meur. J’ai fait ra­pi­de­ment les Beaux Arts, mais je ne suis pas allé jusqu’au bout, je suis plutôt au­to­di­dacte. Je suis ori­gi­naire de Nor­mandie et j’ai com­mencé à peindre à Paris, puis j’en suis venu à faire des af­fi­ches et à les coller un peu par­tout dans la rue. J’étais assez actif dans la scène des squats pa­ri­siens entre 1990 et 1995, puis je suis ar­rivé à Berlin au Ta­cheles. Je suis venu dans cette ville un peu par ha­sard, et il y a quinze ans, c’était assez vide et assez rock’n’roll, et tout était pos­sible, par rap­port à Paris où plus rien n’était pos­sible. De­puis, ça a beau­coup changé, mais bon, je reste ! Au dé­part, j’ai com­mencé par faire des images un peu ré­pé­ti­tives, et à les peindre sur pa­pier, comme des avions ou des ba­leines, et petit à petit, j’en suis ar­rivé à ne faire que du texte, et bientôt, ce ne sera peut-être plus qu’un mot. Mais j’aime bien l’idée des slo­gans, de faire quelque chose qui soit un peu de l’agit-prop quoi. Et du fait que ce soit peint à la main, ça me situe un peu entre graf­fiti et pu­bli­cité, c’est un peu un mé­lange, pour sim­pli­fier.

D. – Pour­quoi avoir choisi le col­lage d’af­fiche, et pour­quoi écrire cer­tains slo­gans en fran­çais ?

SP38 – J’en ai fais aussi en al­le­mand, mais sur­tout en an­glais quand même. Mais il y a des choses en fran­çais qui pas­sent très bien, et que l’on ne peut dire que en fran­çais, par exemple « vive la crise ». Ça fait un peu « vive la ré­vo­lu­tion », c’est pour avoir une iden­tité, quelque chose qui se re­con­naisse fa­ci­le­ment.

Le col­lage, c’est parce que ça va vite, et que c’est moins risqué. Le po­choir di­rect sur le mur, c’est un crime, c’est illégal, alors que le col­lage est en­core très to­léré, c’est pour ça que beau­coup de gens s’y sont mis.

D. – Est-ce que du street-art ex­posé en ga­lerie est en­core du street-art ?

SP38 – Non, c’est autre chose. Le street-art, c’est dans la rue, for­cé­ment. S’il s’ex­pose dans une ga­lerie ou à l’in­té­rieur, ça peut être une suite. J’ex­pose en ce mo­ment des trucs qui sont une suite de mon tra­vail, ou des choses que je n’au­rais pas pu faire dans la rue, par exemple, j’ex­pose une bai­gnoire. Mes af­fi­ches, elles ont leur place de­hors, à l’ex­té­rieur. En in­té­rieur, j’ai fait un tra­vail  sur mes af­fi­ches que je dé­chire et que je colle sur des sup­ports, pour que ce soit un peu le même pro­cessus que dans la rue.

D. – Que penses-tu des re­la­tions entre le street-art et le marché de l’art ?

Le marché de l’art s’est un peu es­soufflé en ce mo­ment. Je trouve que c’est un peu dom­mage que le street-art de­vienne com­mer­cial. Les gens qui, il y a vingt ans, pre­naient le street-art pour de la merde, main­te­nant vont l’ex­poser dans des mu­sées : c’est un peu dan­ge­reux.  C’est bien aussi qu’il y ait une re­con­nais­sance, mais que ça de­vienne un pro­duit pour faire du bu­si­ness, c’est un peu dom­mage. Entre faire un peu d’ar­gent pour con­ti­nuer à faire des choses, et faire du bu­si­ness et faire beau­coup d’ar­gent, il y a une dif­fé­rence, et il y a beau­coup de gens qui tom­bent là-de­dans, mais ce n’est pas for­cé­ment les ar­tistes. C’est beau­coup à Paris qu’on a cette es­pèce de marché assez mal­sain. C’est pour cela que c’est que c’est bien aussi que le street-art sorte des ga­le­ries, et sur­tout que cela reste dans la rue.

L’ex­po­si­tion « Wa-r-ter (la Guerre de l’eau)» (SP38 et Cathy Cat Rastler) est pré­sentée à partir du 22 jan­vier, à la Ga­lerie Maud Pi­quion, Brun­nens­traße 38, 10115 Berlin. Ho­raires : Mardi au Jeudi de 14 à 18h, Ven­dredi de 15 à 21h, Sa­medi de 15 à 18h et sur rendez-vous.

 

Pour en sa­voir plus :

- http://www.maud­pi­quion.com/en/col­lec­tion/SP38.html

- http://www.sp38.com/

- Ar­ticle « La bour­geoisie pla­cardée sur les murs » de André Glas­ma­cher,(tra­duc­tion Mé­lanie Ju­lien), pu­blié le 01.07.2006 sur Ren­con­tres.de dans la ru­brique « Arts »

- Com­pi­la­tion de photos : http://www.flickr.com/photos/tags/sp38

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